USA TRIP PART 6 : Meeting with the legend Gary Loomis

USA TRIP PART 6 : Meeting with the legend Gary Loomis

Par Goulven Dollé.

On décolle tôt de chez David le guide de pêche et on file avec Aleks, direction Woodland.

Après quelques heures de route on arrive dans les locaux flambants neufs de North Fork Composites.

Immédiatement je rencontre la légende, l’animal mythique, j’ai nommé Gary Loomis. Ce n’est même plus un personnage, à ce niveau-là, c’est un …morceau de l’histoire des cannes à pêche.


Gary Loomis est le créateur de la marque G.Loomis, qui porte son nom. Avant ça, il y a longtemps, en 1974, il travaillait déjà pour Lamiglass, un autre fabricant Américain de cannes. Avant ça, il avait développé en assemblant des morceaux de blanks, des nouveaux blanks pour pêcher la steelhead, qui sont maintenant devenus les standards de cette pêche, c’est même ce qui lui avait permis d’être connu, et de rentrer chez Lamiglass. A cette époque-là, tout le monde faisait des cannes en fibre de verre, excepté Fenwick, qui avait mis le doigt sur un truc, mais avait de gros problèmes de casse. Gary entend dire à l’époque que le carbone est mis en œuvre à Seattle même, dans les usines Boeing. Pendant 3 jours, il se plante à la sortie des usines, et demande aux gars qui passent s’ils connaissent des gens qui travaillent le carbone. Et au bout du troisième jour, il tombe sur une équipe d’ingés, qui l’invitent à déjeuner. Ils sympathisent, et lui expliquent comment travailler ce matériau, où se fournir, bref, tout ce qu’il faut savoir. Cette histoire, je la tiens de Gary Loomis lui-même, qui me l’a raconté à Woodland, en direct.

Gary de formation c’est un machiniste, quelqu’un qui fabrique des machines-outils. Alors après avoir vainement tenté de convaincre Lamiglass de la pertinence de l’utilisation du carbone pour les cannes à pêche (ils n’y croyaient pas), il créé sa marque de blank et canne à pêche. Il construit ses propres machines, et connaît le succès planétaire qu’on sait, avec sa firme, G.Loomis.

En 1995, Gary est diagnostiqué d’un cancer. Les médecins lui donnent peu de temps à vivre, il est condamné. Il vend alors sa firme au groupe Shimano, afin d’organiser sa succession proprement. Puis il s’offre un « dernier » voyage en Afrique, avec sa femme. Et là, comme pour tous les personnages de légende, il se passe des choses incroyables. L’histoire raconte qu’il rencontre un sorcier, qui lui donne une espèce de remède. A ce moment-là de sa vie, pourquoi ne pas essayer ? Plus de 20 ans après, Gary est passé entre les gouttes. Le remède du sorcier a visiblement fonctionné…

Gary a bien fonctionné avec Shimano pendant deux ans, puis leurs vues sur leurs manières de travailler se sont avérées trop divergentes, et leur collaboration a rapidement pris fin. Gary n’a pas eu le droit d’utiliser son propre nom de manière commerciale pendant des années, et à l’issue de procès incroyablement coûteux et longs, l’a finalement retrouvé. Il a alors créé en 2010 sa propre firme de blanks, North Fork Composites, qui est la marque actuelle de Gary Loomis et que nous distribuons depuis 2011.

Dans l’industrie du blank, c’est un Gourou, il a connu les tout débuts, l’évolution des process, des matériaux et des résines, il a formé des dizaines de personnes et connait tout le monde.


Gary Loomis
L’homme est gaillard et câlin !

Et là, je suis dans le hall, à Woodland, et je rencontre la légende. Pour vous le décrire, l’animal est extrêmement simple, jovial, facile. On pourrait s’attendre à une star façon je gère mon planning comme un ministre on a 10 minutes mon gars. Non. Déjà il est tactile, j’ai l’impression de me faire tripoter, j’en rigole encore, mais c’est un peu comme ça … Tu ne salues pas Gary, non, il te tombe dans les bras ! Il te chope, il te serre les bras, il te tape les épaules. Je n’étais pas spécialement stressé, mais ça fait un bien fou, pas de round d’observation, de je ne sais quoi, en deux secondes j’ai l’impression d’être un morceau de bambou et que Gary est un panda, il est incroyablement humain, vivant, facétieux. Un pur bonheur de rencontre.

Gary Loomis and Goulven Dolle


Ensuite ça se passe de manière un peu informelle, on cause dans son bureau, dans la salle de réunion, Alex et Jason arrivent, repartent, reviennent.

Jason

On cause de pleins de trucs, il me raconte son parcours, on cause technique, de ce qui fait un bon blank, un blank pourri, etc. Il y a ce moment marrant ou on parle de l’épine, du nerf, et il me sort comme ça « je n’ai aucune idée de ce que peut être un nerf ou une épine sur un blank, mais je sais par contre de quel côté il faut monter les anneaux ». Ce qui est un truc que je répète depuis très longtemps, « épine, contre épine », je n’en sais rien, si le blank plie comme ça, qu’il fait une espèce de rond, alors monte les anneaux à l’intérieur du rond bon dieu. Et donc je lui demande si ça ne le dérange pas de faire une petite vidéo, et pas de soucis on la fait. C’est dans la boite bébé, et j’étais dans la pièce.


Le repas du midi se fait à la cool, NFC fonctionne un peu comme une start-up, cuisine commune et tournante, tout le monde mange avec tout le monde. Je dois même défendre mon assiette contre les assauts de Gary Loomis qui en veut à mon poulet frit.

Gary Loomis is eating


L’après-midi est dantesque, je passe dans l’usine, de poste en poste, en solo et je « fais mon blank », je participe à chaque étape, depuis la découpe des patrons et le plan de nappage, le passage du fer sur le mandrin, le roulage de la feuille autour du mandrin, cellophanage, cuisson, dé-cellophanage. Ce que je retiens de tout ça, sans jouer à l’ingé carbone, ce n’est pas mon job et ça ne le sera pas, mais c’est le nombre d’interventions humaines, et le temps passé sur chaque blank. A chaque étape, l’expérience, le savoir-faire, le temps, sont primordiaux. Je rencontre là encore tous les employés, je parle tranquillement avec eux, j’ai l’après-midi pour ça.


Scrim fibre de verre

Scrim carbone


J’ai demandé avant à Alex et à Gary si ça ne les dérangeait pas que je filme, que je photographie. Éclats de rire de Gary et d’Alex, qui m’expliquent que toutes les machines ici sont créées et optimisées par Gary, « ils peuvent bien essayer de les refaire ».

Making a blank in North Fork Composites factory, Woodland


Il me montre sa machine à plateau, qui sert à rouler le drap de carbone autour du mandrin, elle s’appelle « big Rollin helen », c’est celle qui sert sur les grands monobrins, là où la machine pour faire les petits brins, type cannes à mouche s’appelle « pee wee », petit bout de choux (si, si, il y a du multi brins en rodbuiliding, c’est juste qu’on aime un peu moins). C’est une machine entièrement crée par Gary, qui permet de régler la pression inch par inch, ce qui est primordial selon lui. Il me montre dans un coin des machines qui prennent la poussière, les machines communes que tout le monde utilise et qui sont celles que l’on voit dans un tas de vidéos sur les blanks. Ok, ils ont de l’avance.



Je rencontre aussi un personnage totalement délirant, j’ai nommé Al Jackson. Lui c’est l’homme de l’ombre, c’est the Smoking Man. Un personnage aussi connu que discret dans l’industrie du blank qui connaît là encore tout le monde, qui fait quoi, pour qui, où, comment, Al sait. C’est lui par exemple qui a créé les Carrot Stick, et tant d’autres rods, c’est un monument de l’industrie, qui travaille maintenant chez NFC en appui de Gary.

Al Jackson desk
Le bureau de Al. Vous comprenez ?

NFC, ce sont des purs Geeks du carbone. Ils commandent plein de trucs partout, pour voir comment c’est fait, voir s’ils ont toujours de l’avance. Ils ont la dent dure contre pas mal de fabricants, je les ai vus de mes yeux passer le doigt sur une Rod et Al dire « regarde les irrégularités, ils ont un four à autoclave, ils ne savent même pas s’en servir » Je promets que je ne dirai pas qui. Je les ai vu aussi dire du bien d’autres « Oui eux ont un vrai savoir-faire, ils font des trucs étonnants, on se connait ». Je promets là aussi que je ne dirai pas de qui ils parlaient ! Généralement quand il fait un compliment dans la demi seconde qui suit Al dit « Mais je peux faire beaucoup mieux, plus léger » Pas de soucis Al je te crois.


Je passe aussi un long moment avec Khiem, qui est le patron de l’exploitation, et qui est clairement en formation permanente depuis 7 ans, avec Gary depuis le début, puis avec Al. Lui il va falloir le suivre, parce que formé par Gary, formé par Al … il va en savoir des choses Khiem. On échange entre autre beaucoup sur les anneaux, les rampes d’anneaux, leur structure. Les anneaux c’est vraiment mon obsession en rodbuilding, on trace quelques droites sur une table et on passe un moment à échanger, pour le coup c’est à mon tour de montrer des trucs à Khiem dont le métier est clairement plus porté sur les blanks.

On termine tard. A l’Américaine, Aleks est le dernier parti, et on ferme l’usine. On cause on cause on cause. Mon temps aux US est compté maintenant, alors je me transforme en moulin à parole. On va boire quelques IPA draft dans un bar cool au bord de l’eau, et on casse la croûte. On est dans la projection, dans le futur, on évoque ce qu’on va faire, parce qu’en vrai le trip est fini, demain je suis dans l’avion.

Et puis merde. Il est tard, mais on ne va pas s’arrêter là. Aleks stoppe en rentrant dans un supermarché ouvert jusqu’à tard, attrape deux bouteilles de bon vin Californien, et m’invite chez lui, « tu dormiras à la maison ».

On rigole tard, son épouse vient nous rejoindre sur la terrasse, ça fait un moment déjà qu’on ne parle plus de blanks, de pêche et d’industrie. Aleks et Véronika vous savez que le match retour se joue à la maison.

Le lendemain mon voyage s’achève, retour Seattle, rendre voiture, monter avion, route Bretagne.


Je ne suis pas très bon pour les au revoir, alors je ne serai pas très bon pour cette fin là non plus. Qu’est-ce que j’ai retenu de tout ça ? Je retiendrai que les gars de chez Batson sont des pêcheurs, des putains de pêcheurs, ils ont ça dans le sang, ils vivent pour ça, c’est leur mode de vie. Sans être aussi pointu qu’eux, on se ressemble là-dessus, on vit de la même manière. Je retiendrai que les gars de chez NFC, ce sont des geeks absolus du blank, des tekos, des nihilistes du blank (check dude). Si tu veux le dernier truc en date, la dernière techno c’est clairement chez NFC que ça se passe. Ils ont l’histoire, la légitimité, le futur.

Maintenant, à l’instant T, j’ai retenu des gens, c’est à dire que quand je pense à eux, ces gens sont vivants en moi. Des sourires, des timbres de voix, des moments. Beaucoup. Alors j’espère que des gens là-bas se souviennent en rigolant de ce type à l’accent français totalement  invraisemblable, et s’ils ne s’en souviennent pas, promis, je reviendrai.

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