Le bar à vue en estuaire

Pêcher le bar à vue est une pêche compliquée mais ô combien passionnante. Cette pêche ne s’improvise pas et ne s’apprend pas du jour au lendemain. Une longue période de prospection et de nombreuses heures d’observation et de pratique vous seront nécessaires pour trouver et comprendre les zones intéressantes, mais également la façon d’aborder les poissons. C’est clairement une pêche qui demande du temps au début, mais une fois que vous aurez gouté à votre première aspiration d’un leurre en live, nul doute que vous y retourner…

Un vieux bar borgne surement venu trouver du repos dans l’estuaire
Un vieux bar borgne sûrement venu trouver du repos dans l’estuaire

Où Les trouver ?

Les zones de courant seront forcément intéressantes mais les emplacements calmes le seront tout autant à certains moments de la marée. Nous avons affaire à des poissons plutôt sédentaires qui connaissent parfaitement les bordures et leurs cachettes, seule la prospection et la connaissance de l’estuaire vous permettra de les trouver. Globalement, ces poissons se nourrissent de crabes et de crevettes, il vous faudra donc trouver ce type de biotope. Un caillou au milieu de nulle part ? Des touffes de goëmon en bordure d’une vasière ? Un muret en bordure de courant avec des parcs à proximité ? Ça sent le poisson…. La prospection se fera de manière discrète, en remontant l’estuaire pour les prendre de dos. Descendre l’estuaire, c’est prendre le risque de se faire repérer sans même avoir eu le temps de les voir.

Ci-dessus un exemple de poste que j’aime bien. Alors que je prenais la photo pour cet article, un poisson est venu s’y glisser… A vous de le trouver…
Ci-dessus un exemple de poste que j’aime bien. Alors que je prenais la photo pour cet article, un poisson est venu s’y glisser… A vous de le trouver…

En dehors de l’aspect visuel, le facteur bruit est également intéressant pour détecter les poissons. Alors que les mulets sautent et jouent en surface, les attaques de bars en bordure sont beaucoup plus violentes et laissent un sillon significatif. Autre bruit caractéristique pour détecter du bar : les aspirations de crevettes. Une fois que vous en aurez vu et entendu l’aspiration d’un bar sur la bordure à se nourrir de crevettes, ce bruit vous restera dans la tête.

En pêche à vue, vous pourrez observer 3 types de comportement : recherche alimentaire, repos, maraude. Vos polarisantes vous donnent le pouvoir visuel : Sachez décrypter et vous adapter à leur comportement de l’instant. N’oubliez cependant pas qu’eux aussi ont ce pouvoir visuel. Lors de vos déplacements sur les bordures, évoluez lentement et avec discrétion, une observation minutieuse sera essentielle pour les repérer. S’ils ne sont pas en déplacement, ils savent très bien se fondre dans leur élément et un poisson caché sous une touffe de goëmon n’est pas forcément très simple à cerner.

L’approche

Une fois repéré, seul 25% du travail est réalisé, les 75% restant sont les plus durs à appréhender. L’adrénaline de voir un joli poisson à portée de canne vous poussera à commettre des erreurs, prenez votre temps autant que possible pour analyser la situation. L’approche d’un poisson se fera en fonction de son comportement.

  • Poisson en recherche alimentaire : des crevettes qui sautent, un poisson qui se déplace lentement en fouinant dans le goëmon… Ce cas de figure est certainement le plus intéressant car nous avons affaire à un poisson actif. Le choix du leurre et surtout de sa plombée  dépendra de la zone dans laquelle il se trouve. Plus vous serez light, plus vos animations seront minimalistes, plus le poisson s’intéressera à votre leurre.  Le coté light apportera également de la discrétion quand le leurre touchera l’eau lors du lancer. Ce type de comportement, combiné à la montée d’adrénaline que nous offre ce type de scène, nous donne naturellement envie de shooter rapidement près de lui et c’est tout ce que j’essaye de ne plus faire maintenant. Shooter loin et lui amener le leurre doucement dans son champ de vision m’a apporté de bien meilleurs résultats. Ci-dessous un cas typique de bar à la recherche de crabes/crevettes…
  • Poisson posté : un poisson arrêté permet un temps d’analyse plus intéressant mais rien ne  dit qu’il s’intéressera à votre leurre, même parfaitement présenté à quelques centimètres de sa tête. Le comportement de ces poissons est relativement aléatoire. Commencez par lui présenter votre leurre relativement loin de lui et rapprochez votre leurre de sa tête au fur et à mesure de vos lancers. Soit il viendra engamer votre leurre au premier passage par opportunisme, soit vous pourrez lui présenter l’ensemble de vos leurres près de lui sans réaction de sa part.
  • Poisson en maraude : sa vitesse de déplacement vous guidera instantanément sur le fait de le tenter ou non. Sur un bar qui suit une bordure rapidement, je le laisse volontairement continuer son chemin, rien ne dit que je ne croiserai pas ce poisson sur un autre poste, à fouiner le goëmon… La tentation de lancer est grande mais en pêche à vue il faut savoir laisser filer. Sur un déplacement lent sans signe d’activité alimentaire, ça se tente, il ne rechignera pas sur une proie facile.

Les leurres

Ci-dessous un échantillon des leurres que je trimballe. Quelques slugs, quelques shads, de la créature (crabe/crevette/écrevisse). Je privilégie des leurres relativement souples qui ont tendance à s’animer sous de faibles tirées ou simplement sous l’effet du courant. J’utilise essentiellement des tailles de leurre entre 3″ et 4’’. Au-delà, le problème qui se pose est surtout lié au bruit que fera votre leurre lors de la tombée dans l’eau.

Concernant les plombées, j’y passe du weightless à de la TP de 5 grs maximun ; mais 75% du temps je suis en 2,5 grs. Lors des déplacements, il faut être prêt à shooter d’un instant à l’autre et le combo toujours monté sur ma canne est un slug de 4’’ avec TP en 3/32 oz (équivalent à 2,65 grs).

Shad impact et Easy Shiner de chez Keitech, Manic Crab de Savage Gear, Crust Bug de Vagabond sont les leurres que j’utilise le plus.
Shad Impact et Easy Shiner de chez Keitech, Manic Crab de Savage Gear, Crust Bug de Vagabond sont les leurres que j’utilise le plus.

Quelques erreurs à ne pas commettre

Shooter trop près du poisson : le bruit d’un leurre qui atterrit dans l’eau entraînera un changement de comportement: au mieux, le poisson deviendra très méfiant, au pire, il filera.

Tresse ou bas de ligne qui touche le poisson : la sanction sera radicale, il fuira instantanément…

Evoluer trop près des bordures : voir un poisson filer en laissant un mouvement de vase derrière lui, c’est rageant mais ça arrive…. régulièrement. Evoluer le plus loin possible des bordures.

Shooter à la volée en attendant un passage : Certains coins méritent de poster et si la patience n’est pas votre point fort, la tentation de pêcher à la volée sera forte. Je vous le déconseille. Si un poisson approche, vous serez surement cramé sans même le savoir.  En pêche à vue, on ne shoote pas temps que l’on n’a pas de poisson en visuel.

Les Blanks

Comme expliqué plus haut, l’emploi de leurres légers vous apportera davantage de résultats:

  • Nous rechercherons un blank light, avec une pointe plutôt souple afin de préserver le côté « nage naturelle » d’un leurre souple.
  • La réserve de puissance aura également une importance majeure. En estuaire, les terrains de jeu comportent de nombreux obstacles et les poissons sont toujours pris dans très peu d’eau. Dès le ferrage, ils chercheront systématiquement la veine d’eau la plus proche ou à filer sous les parcs ou cailloux avoisinants. Les zones sont rarement dégagées, les poissons doivent pouvoir être bridés au maximum.
  • Point de vue longueur, bien que l’on ne cherche pas des distances lointaines de lancer , la taille du blank a également son importance afin de mieux gérer le combat si vous êtes situé sur la hauteur de la bordure. A contrario, une canne trop longue sera un handicap pour les lancers sous la main…. Les tailles 7′ et 7’3 sont pour moi les meilleurs compromis.

Par rapport à l’ensemble de ces points, trois blanks se démarquent sur la boutique de Rodhouse. A savoir le S723M de chez Phenix, le 732 x-Ray de chez North Fork Composites (NFC) et l’IMMWS72ML de chez Rainshadow.

Le choix des éléments vous appartient. Cependant, l’estuaire étant un environnement plutôt glissant et les chutes n’étant pas rares, le choix d’une poignée pleine s’avèrera plus judicieuse qu’une poignée en split grip.

Poisson piqué avec le blank Phénix S723M
Poisson piqué avec le blank Phénix S723M

Conclusion

La pêche à vue est une pêche remplie de sensations et d’adrénaline. Regarder un poisson évoluer dans très peu d’eau, lui présenter proprement un leurre et le voir gober avant d’envoyer le ferrage…. Ça ne vous donne pas envie ?

Aucun poisson n’est facile, chaque situation est différente et les erreurs se payent cash. Alors oui, c’est compliqué au début et il faudra un minimum d’abnégation… Mais croyez-moi, le jeu en vaut largement la chandelle.

3 réactions sur “ Le bar à vue en estuaire ”

  1. esnault liliane Réponse

    Bonjour,un superbe poisson avec une photo magnifique.
    La partie technique et aussi tres precise,surtout en ce qui concerne l approche et la mise en oeuvre des differentes actions.
    cordialement freddy

  2. esnault liliane Réponse

    Bonjour,petite information concernant les petits crabes souples,est il possible de connaitre la reference de ce leurre???? merci d avance.
    freddy

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