Fabriquer un bas de ligne sans nœud, sans mémoire (pêche à la mouche)

Tout moucheur se pose la question du bas de ligne quand il débute… et même encore après…

On trouvera dans la presse ou sur le net des recettes de bas de ligne à nœud, ou des « queues de rat » sans nœuds dans le commerce.

Une question récurrente de nombreux débutants est : « comment dois-je faire mon bas de ligne ? je veux un bas de ligne qui me permette de pêcher en nymphe, en sèche, au streamer, en petite rivière, en grande rivière… »

Soyons clairs : le bas de ligne polyvalent n’existe pas. J’ai un bas de ligne spécifique sur ma canne nymphe au fil, j’ai un autre type de bas de ligne ­­– décliné en différentes longueurs en fonction de la canne et du type de rivière – pour la sèche et la nymphe à vue.

Ce que je vous propose n’est donc pas le bas de ligne polyvalent, mais de vous expliquer comment vous fabriquer vos propres bas de ligne, sans nœuds, et sans mémoire ! Des bas de ligne qui facilite le poser, qui constitue une très bonne transition entre la soie et la mouche. A vrai dire, on pourrait pêcher avec ce bas de ligne à la main, sans canne ni soie… La preuve en image avec un bas de ligne d’environ 2,80 mètres :

Les nœuds, tout le monde n’adhère pas, ça « râcle » dans les anneaux. Moi-même, j’ai perdu de jolis barbeaux à cause d’un nœud entre deux gros brins de mon bas de ligne, nœud qui ne voulait pas passer l’anneau de pointe. Et la mémoire, n’en parlons pas, c’est une hantise pour tous, ça manque de discrétion sur l’eau, et plein d’autres choses à dire sur la mémoire des bas de ligne…

On parle aussi de bas de ligne dégressifs et bas de ligne progressifs… Là, je vais vous répondre que ça dépend de l’ensemble « pêcheur / canne »… c’est propre à chacun. Mais cette méthode permet de faire des bas de ligne à votre goût (dégressif, progressif, autre…)

Alors, ces bas de lignes ont un nom, ça s’appelle les « furled leaders ». En français, on pourrait appeler cela des « bas de ligne enroulés » ou « bas de ligne torsadés » serait la plus appropriée. Le principe de base est celui de la fabrication d’une corde, où on joue sur la force et contre-force des enroulements des brins constituant la corde.

Matériel nécessaire:

  • Une perceuse ou une visseuse. Le plus important est qu’on puisse changer le sens de rotation !
  • Un gros trombone (ouvert, avec quelques enroulements de scotch de peintre sur l’une des extrémités)
  • Un émerillon-agrafe
  • Quelques crochets à bois
  • Quelques tourillons
  • Un plomb
  • Une grande planche en bois (ou deux planches pour moi, attachées entre elles par un serre-câble)
  • Et surtout, du fil… :
    • La plupart des furled leaders sont faits avec du fil de montage de mouche. J’ai essayé, la pose est juste magnifique, toute en délicatesse et discrétion! Mais il faut les graisser (très) régulièrement. Ce que je recommanderais pour pêcher avec une canne bambou, une fibre de verre « old school » (e-glass) ou une canne carbone très parabolique.
    • Nylon/fluorocarbone : c’est ce que j’utilise dorénavant, cela donne un bas de ligne un petit peu plus rapide, et correspond mieux à des cannes carbone ou s-glass, des cannes assez progressives et a minima « mod-fast ».
    • Diamètre : j’utilise du 0,10 mm pour mes pêches de truites et d’ombres. Du 0,08 ou du 0,12 mm peuvent très bien convenir aussi. Voire même plus gros si vous avez envie d’en faire un pour pêcher au streamer avec une pointe en 0,18 ou 0,20 mm.

1/ Préparation du plan de travail :

Parce que parfois, un bon schéma est plus simple/clair que de longues explications…

Pose de deux crochets (numérotés 1 et 2 sur mon schéma).

Pose de tourillons, en « zig-zag ».

Pose d’un crochet (en bas à droite sur mon schéma) auquel sera enfilé l’émerillon-agrafe. Je me rajoute deux crochets sur les côtés, uniquement pour écarter les deux brins entre eux, mais ce n’est pas obligatoire.

Les distances entre les tourillons, c’est selon vos préférences, si vous voulez plutôt dégressifs, plutôt progressifs… Personnellement, je ne prends même plus les mesures, je cherche à avoir des distances assez harmonieuses. Le D1 à peu près à mi-distance entre le G1 et le G2 / le D2 à peu près à mi-distance entre le G2 et le G3… etc.

2/ Mise en place

  • Faire une boucle avec son fil, poser la boucle dans le crochet 1
  • Tirer le fil, et aller chercher G1, revenir et repasser le fil par le crochet… retourner chercher G1…
  • Il faut faire 5 boucles entre le crochet 1 et G1.
  • Une fois que les 5 boucles sont faites, on continue et on va chercher G2 depuis le crochet 1.
  • Et là, on recommence, on fait 3 boucles entre G1 et G2.
  • Attention : il faut alors passer la bobine à l’intérieur des boucles précédentes ! Et ce à chaque étape. C’est ce qui permettra à l’ensemble de tenir.
  • Puis on fera 2 boucles entre G2 et G3
  • Ensuite, une boucle entre G3 et D3, en passant par l’émerillon-agrafe laissé ouvert. Ca donne cela :
  • Et on remonte : 2 boucles entre D3 et D2, 3 boucles entre D2 et D1, 5 boucles entre D1 et crochet 2.

Petite astuce :

Après chaque premier passage dans la boucle précédente, je sors la connexion du tourillon. Je tire un peu le fil pour avoir une bonne tension. Je trouve que le rendu final est meilleur comme cela, mais c’est un tout petit peu moins simple pour repasser la bobine à l’intérieur de la boucle précédente.

3/ Enroulement

  • Je passe le trombone ouvert dans la grosse boucle multibrins à l’un des deux crochets.

Je sors les boucles du crochet, tout en restant tendu. Et j’enfile le trombone dans ma perceuse (l’extrémité enroulée de scotch de peintre étant dans le mandrin, pour éviter que le trombone ne tourne sur lui-même dans le mandrin)

Et là, on déroule ce côté, tout en restant tendu, et pour aligner les deux moitiés. Ne pas oublier de sortir le fil de l’agrafe.

On tourne l’ensemble à la perceuse. Il faut essayer de bien serrer les brins de nylon entre temps, donc on tourne un moment. Plus le bas de ligne est long, plus longtemps il faudra tourner. L’idée étant d’être le plus serré possible, comme sur la photo ci-dessous. Mais attention à ne pas trop serrer non plus, sinon ça casse, et on peut tout recommencer.

4/ Contre-enroulement

  • Repasser cet ensemble torsadé dans l’agrafe
  • Tout en gardant la tension autant que possible (un petit lâché de tension et le fil va s’enrouler sur lui-même, d’où mes deux crochets latéraux pour séparer les deux brins), il faut aller chercher l’autre extrémité
  • Enfiler l’autre extrémité sur l’agrafe
  • CHANGER LE SENS DE ROTATION de la perceuse
  • Et enrouler de nouveau…
  • Cet enroulement puis contre-enroulement vont « s’annuler »

NB : le temps de contre-enroulement devrait être deux moins long que le temps nécessaire pour enrouler

NB2 : ne surtout pas enlever le trombone à ce stade ! sinon ça se défait…

NB3 : j’accroche un plomb au trombone, je pends l’ensemble en hauteur par l’émerillon-agrafe. Le plomb en se balançant va réajuster le contre-enroulement exact. Idéalement, il faudrait compter le nombre de tours… Exemple : 1000 tours d’enroulement, 500 tours de contre-enroulement… Je préfère le plomb et la gravité finaliser le bon équilibre entre enroulements et contre-enroulements…

5/ Finalisation :

Je finalise par un shorb loop aux deux extrémités.

Le shorb loop se fait en deux étapes. On peut enlever le trombone une fois la « step 2 » faite.

Explications pour faire un shorb loop… :

6/ Résultat :

Afin d’écrire ce tutorial, un furled leader a été réalisé. Encore une fois, les tourillons ont été placés au « feeling », à l’œil. Les mesures prises a posteriori donne les espacements suivants :

Il est à noter la belle dégressivité du diamètre de ce bas de ligne. En respectant un système en 5 – 3 – 2 – 1, nous passons de 11 brins à 9 brins, puis 7, 6, 5, 4 et enfin 3 brins. Les raccords entre chaque section sont très discrets, bien davantage qu’un nœud.

Addendum :

Généralement, les furled leaders sont faits sur une base de 5 – 3 – 1 boucles… Après de nombreux essais avec différentes combinaisons, j’ai fini par adopter le 5 – 3 – 2 – 1 que j’ai décrit ici. En effet, le passage de 3 à 1 crée une cassure visuelle sur le bas de ligne fini (mais ça pêche très bien en 5-3-1).

Dans l’exemple réalisé, l’addition des distances inter-tourillons donne un total de 315 cm.  Le bas de ligne final, avec shorb-loops réalisées, fait 279 cm.

Longueur globale : vous l’avez compris, la longueur du bas de ligne va dépendre de la longueur des planches. Attention toutefois, on perd environ 10% de longueur en torsadant… Donc si vous prenez une 3 mètres de planches, vous allez vraisemblablement tomber sur un bas de ligne fini d’une longueur de 2,70 mètres.

Dans l’exemple réalisé pour faire ce tuto, il s’agissait ici d’un furled « long », destiné pour la pêche de l’ombre avec un long bas de ligne… D’expérience, le furled le plus polyvalent (et que je recommanderais pour un moucheur n’ayant pas encore une grosse expérience avec des longs bas de ligne, c’est à dire plus de 4,5 mètres), fait environ 7 pieds (2,10m). C’est également ma longueur passe-partout de prédilection, pour un pêche de prospection comme pour la nymphe à vue. Pour ce faire, il faut prévoir environ 2,30m – 2,35m de longueur de travail, entre les crochets et l’émerillon-agrafe. On peut alors envisager quelque-chose comme 40 – 35 – 35 – 30 – 30 – 30 – 35 cm comme espacements. J’avoue que je ne mesure pas, et je fais une répartition des tourillons qui me paraisse homogène « à l’oeil ».

En pêche, sur un tel bas de ligne fait en fil de diamètre 0,10 mm, je raccorde (boucle dans boucle) environ 50 cm de 0,16 mm, 30 cm de 0,14 mm, 120 cm de 0,12 mm (pointe).

4 réactions sur “ Fabriquer un bas de ligne sans nœud, sans mémoire (pêche à la mouche) ”

  1. franck chataigner Réponse

    bonsoir,il manque pour que j’essaye un élément qui me semble primordial, quel nylon est de quel diametre avons nous besoin svp?

    • rodblog Auteur ArticleRéponse

      Je fais mes furled avec un 0,10mm (indiqué dans le texte). Quant à la marque, peu importe… j’ai fait celui-ci avec du nylon teinté bleu principalement pour les besoins de photos. La résistance est là, même avec un 0,10mm, car multipliée par le nombre de brins (je n’en ai jamais cassé aucun).

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